Je m'attendais à passer une nuit blanche mais curieusement c'est mon alarme programmée pour 7h qui nous a réveillé. Nous avions initialement rendez-vous à 7h30 à la maternité de l'hôpital mais la veille au soir, coup de téléphone ! Nous pouvons arriver à 8h15 car d'autres interventions sont prévues avant nous. Nous avons donc quitté la maison à 7h40 (après avoir dégivré le pare-brise au dernier moment, évidement ça devait arriver ce jour là...) et sommes arrivés de justesse à l'heure au pied de l'hôpital.

Jusque là, j'avais réussi à ne pas pleurer mais une fois dans les escaliers, j'ai craqué, Chaton m'a pris dans ses bras et on resté là quelques secondes avant de continuer. On s'est annoncés, et on a attendu dans le couloir qui sert de salle d'attente. 30 minutes plus tard, on avait pas bougé, les femmes enceintes ont commencé à arriver pour leur rendez-vous, une jeune maman a demarré des aller-retour avec son bébé dans les bras et quand 9h à sonner Chaton s'est levé pour leur rappeler qu'on attendait toujours. On nous avait oublié...

Finalement, on nous a installé dans la chambre, une des dernières au bout du couloir, loin des jeunes mamans. J'ai passé la blouse de l'hôpital, l'infirmière est passé me mettre le bracelet, vérifier mon identité, demander si j'étais bien à jeun, si la douche à la bétadine avait bien était faite etc... et l'attente a continué. Avec Chaton on a joué au Uno Btaman, puis il s'est installé dans le lit avec moi pour une sieste jusqu'à ce que l'auxiliaire arrive pour me faire descendre au bloc, il est 10h30.

Et à ce moment là, je me suis effondrée, prise de sanglots et de tremblements incontrôlables, Chaton a même dû parler pour moi tellement j'étais dans un état de panique avancé. Seulement impossible de reculer, à quoi bon, je ne pouvais pas continuer à porter notre bébé sans vie. L'auxiliaire pose une barrière, cherche l'autre, mon lit n'en a pas, elle devra m'emmener comme ça. Après avoir traversé ce qui m'a semblé être la totalité de l'hôpital, j'arrive en salle de réveil pour qu'on me pose la perf, elle n'ose plus me regarder, je vois que c'est difficile, elle doit en voir passer des femmes en détresse comme moi et c'est dur pour elle de ne pas rester indifférente.

Je me retrouve entouré d'une équipe de 4 personnes, dont Katell, mon infirmière anesthésiste, un rayon de soleil, elle pose sa main sur mon front, elle me rassure. Elle me demande à combien je suis et se confie, elle a perdu deux enfants, mais elle en a également eu deux en très bonne santé, tout va bien se passer, je ne dois pas m'inquiéter. Mes yeux passent sur Virginie, l'infirmière de bloc, et je la reconnais. On a fait partie du même club canin, elle vient tout juste de changer d'hôpital, à croire que le destin me l'a envoyé pour survivre à cette journée. Sa présence est salutaire, alors que je tremble de froid et de peur dans le bloc et que 4 têtes se tiennent au dessus de la mienne, attendant que je sombre, elle me caresse la joue, elle me parle et je m'endors, il est 11h.

A mon réveil une heure plus tard, je ne pense même plus que notre bébé n'est plus là, je suis tellement contente de m'être réveillée et de ne pas souffrir. Après une demi-heure en salle de réveil, on me ramène à Chaton qui se voyait déjà veuf. Il faut dire qu'on lui avait vendu une demi-heure d'intervention et qu'il est resté seul deux heures dans la chambre. Il a passé son temps à envoyer des textos, à donner des nouvelles qu'il n'avait pas le pauvre, mais je crois qu'il n'a jamais été aussi content de me retrouver.

Je découvre les fameuses culottes et protections jetables de  la maternité, et je commense à ressentir des douleurs semblables à celles des règles, je repense à notre bébé que j'ai laissé en salle d'opération, il n'est plus là. Je prends conscience de mon ventre vide et je replonge. On m'apporte à manger, l'infirmière passe au début pour vérifier ma tension et après une longue après midi sans nouvelles, on nous donne le feu vert pour partir, il est 17h30.

Ce Jeudi 6 Octobre 2016, je suis sortie de la maternité vide de notre bébé et nous sommes rentrés à deux.