Tout au long de cette épreuve, Chaton et moi sommes restés soudés. Mais même si nous avons été tous deux  affectés, nous n'avons pas vécu la perte de notre bébé de la même façon. Ce qui a le plus atteint Chaton, c'est de me voir dans cet état de détresse mais surtout la peur de me perdre au bloc opératoire. D'ailleurs il m'a prévenu, si un jour on lui demande de choisir entre moi et le bébé, il me choisira sans hésiter. Avant de tomber enceinte, lorsque je craignais d'être stérile, il disait qu'il préférait largement qu'on vive tous les deux paisiblement jusqu'à la fin de nos jours plutôt que de se rendre malade avec les FIV ou l'adoption. 

Cette différence de point de vue au sujet de la maternité peut sembler problématique mais avec Chaton, on arrive toujours à parler, à s'expliquer et au final, on se comprend et on respecte la vision de l'autre sans renoncer à la sienne.

La discussion la plus difficile qu'on ait eu s'est déroulée dans la voiture, en route pour aller chez ses parents. J'ai annoncé a Chaton que je comptais rajouter quelque chose en souvenir du bébé sur le tatouage que je devais faire avant d'apprendre que j'étais enceinte, que je ne savais pas encore quoi, qu'il fallait que j'y réfléchisse. Et la réponse qu'il m'a rapporté m'a complètement anéanti sur le moment.

Il m'a dit que quand j'aurais un enfant vivant , j'en aurais plus rien à faire de celui-là, que c'était pas un bébé, c'était qu'un foetus, que c'était pas important, que si on perdait d'autres (optimisme quand tu nous tiens), j'allais quand même pas me faire tatouer un truc à chaque fois etc...

Et je lui en ai beaucoup voulu. Je lui ai dit que pour moi c'était important, que non je n'oublierais pas même quand j'aurais un enfant dans les bras, qu'il venait de dire exactement ce que je voulais pas que les gens pensent c'est à dire que ce n'était rien, que c'était pas important et que le prochain me ferait oublier le premier.

Alors il a adoucis ses propos, sans pour autant admettre qu'il ne pouvait pas savoir ce que je ressentais ou ressentirais dans le futur. Mais il a compris que ça resterait important pour moi et qu'il ne fallait pas qu'il minimise l'impact que cet événement a eu sur moi.

Ça fait maintenant 15 jours que ma grossesse s'est arrêtée et cette épreuve qui aurait pu nous déchirer nous a finalement rapproché et on espère ne pas avoir à la revivre.